mardi 8 mars 2016

LE MOT VAILLANT

Nous continuons ici à
vaillantiser Vaillant !

toute une histoire !










Tout est parti d'une remarque étrange à la fin d'un mail de Michel Pinglaut.

Dans le Littré,à l'étymologie, de vaillant, on trouve "espagnol : valiente". C'est peut-être ainsi que les amis espagnols l'ont appelé: Edouardo Valiente ? Hypothèse ?

Ma réponse réelle fut plutôt brève. Ici, elle est très longue...

Littré n’a jamais été une référence autre que fantaisiste en matière d’étymologie.
Préférons le tandem Oscar Bloch et Walther von Wartburg.
L’adjectif « vaillant » est d’abord l’ancien participe présent du verbe valoir, du latin valere dont le sens propre est « être bien portant, être fort ». Ce participe est aujourd’hui « valant », mais cet emploi ancien, qui remonte à la Vie de Saint Alexis au XIe siècle, reste dans des expressions comme « ne pas avoir un sou vaillant ». On atteste le substantif "vaillance" dès le siècle suivant, le XIIe siècle, au sens de « valeur », qui perdure jusqu’au XVIIe siècle, avec déjà le sens moderne de bravoure et de valeur guerrière employé dans des contextes littéraires, ou vieillis, s’il s’agit de la vaillance au sens de résistance à la souffrance ou aux difficultés.


La Vie de saint Alexis, ou Chanson de saint Alexis, est une série de poèmes médiévaux hagiographiques qui racontent la vie de saint Alexis et dont les versions les plus anciennes remontent au XIe siècle. Une des premières versions connues est composée de 125 quintils de vers décasyllabiques assonancés (au total 625 vers).
Fils d'un sénateur romain, Alexis a accepté le mariage que son père lui impose. Mais il s'enfuit le jour même de ses noces car il veut se consacrer à la religion. Il parvient à Édesse en Syrie, où, après avoir distribué aux pauvres tout son argent, il devient mendiant pendant dix-sept ans. Il doit s'enfuir et revient à Rome où il vit sans être reconnu pendant dix-sept autres années, dans la maison paternelle, caché sous un escalier. À sa mort, vers 404, on trouvera sur lui un parchemin relatant sa vie.




Bizarrement "value" apparaît dès 1180 et "plus-value" dès 1457.  Pas au sens marxiste, évidemment.


Continuons avec Georges Gougenheim (Les Mots français dans l’histoire et dans la vie) d’une main et un dictionnaire d’ancien français de l’autre (Greimas). Sans oublier, étalés sur la table, les exemples de Littré, qui dans ce domaine est précieux.




Le mort « fort » est l’héritier du sens latin de courageux, même si le sens moderne de force physique existait aussi. Virgile parle de « fortes tauri », de taureaux vigoureux. Mais ce sens moral s’est assez vite perdu, et il a fallu le réincarner ailleurs. Le mot « preux » est un premier candidat dans la Chanson de Roland : Rolland est proz e Oliver est sage. Il vient du latin populaire prodis, qui veut dire bon, utile. Comme son associé la prouesse, il a perdu sa vigueur d’emploi, et preux n’est plus guère utilisé ailleurs qu’en histoire.
Au moyen âge, un homme vaut d’abord par son courage guerrier, et le vasselage assume cette idée de vaillance. Puis "vaillant" vint, avec "valeur", puis bientôt avec "vaillance". Le mot valeur a gardé ce sens premier, mais il a surtout évolué vers un sens plus général. Son adjectif dérivé, valeureux, se développe lui parallèlement à vaillant.
Le mot vaillant, dans la Chanson de Roland (1080), a le sens de vaillant combattant. L’épée elle-même vaut par sa valeur au combat.


vaillant

Margariz est mult vaillant chevalers,
E bels e forz e isnels e legers. (rapide et léger)

Sire cumpainz, ja est morz Engeler ;
Nus n’avium plus vaillant chevaler

Grandonie fut e prozdom e vaillant
E vertuus e vassal cumbatant.

Oiez ore, franc chevaler vaillant !

Si se vanterent mi vaillant chevaler
De granz batailles, de forz esturs pleners (de forts assauts futurs)

Paien escrient : « Preciuse est vaillant ! » (l’épée de l’émir Baligant de Babylone, Précieuse, a de la valeur).

Carles est fiers e si hume vaillant.


vaillanz

.XX. mille Francs retiendrai ben vaillanz. (Charles gardera vingt mille Français bien vaillants avec lui).

Eh ! gentilz quens, vaillanz hom, u ies tu ?


Ensembl’od vos .XV. milie de Francs,
De bachelers, de nos meillors vaillanz (de nos plus vaillants jeunes gens).





Au sens de valeur, on trouve clairement cet adjectif dans Roncevaux (des versions de La Chanson de Roland du XIIe siècle) pour peindre la femme d’Adam : Eve, sa moillier, la vaillant. Aussi dans Les Enfances Gauvain (XIIIe siècle) : Biaus nies, dist il, ceste pucelle Est mult vaillans, si com je croi. La jeune fille est d’une grande valeur, douée de grandes qualités.
Et douce France, la contrée vaillant, encore dans Roncevaux.

On a aussi le sens de quelque chose qui attache, qui intéresse : Le Couronnement de Louis (fin XIIe siècle) parle d’une estoire vaillant (une histoire passionnante). On trouve aussi le sens de puissant, capable de résistance, comme dans les Lais de Marie de France (fin XIIe siècle) où on parle d’un chastel vaillant et fort.

Outre les sens de fort, robuste ou encore violent, on rencontre le sens de haut-placé, éminent. Des plus vaillans et des plus rikes, et ces hommes vaillants et riches se trouvent dans les Œuvres d’Adam de la Halle (1240-1270).

C’est aussi, le vaillant de cette époque, un bien, un avoir, et même une fortune. C’est, plus normalement, la valeur d’une chose. Je n’en averai de vus le vaillant d’un butin, (Je n’en aurai de vous la valeur d’un butin), s’inquiète quelqu’un dans le Horn, roman d’aventures épiques en vers du XIIe siècle. On le trouve jusque chez Montaigne.

Cesar s’endebta d’un million d’or oultre son vaillant.

Ciceron mesme, qui debvait au sçavoir tout son vaillant.

Enfin, dans l’Ystoire de li Normant (1308), Aimé de Mont Cassin crée le mot « vaillantissime » : très vaillant.


Plus tard, la société courtoise n’a pas tué ces termes en vogue à l’époque précédente. Dans Aucassin et Nicolette, le guetteur qui avertit Nicolette du danger qui la menace est décrit comme « vaillant, preux et courtois, et sachant (c’est-à-dire habile) ». Dans le dictionnaire franco-anglais de Cotgrave, donc encore au XVIe siècle, on trouve ce précepte : Rien ne vaut l’assaillant, s’il n’est fort et vaillant. 


Dans Le Roman de la Rose, il est carrément synonyme de généreux, quand il est donné une parure à la suivante :
Ung garnement li donne tel,
Qu’el die que tu es vaillans.

Ensuite, c’est le mot « courage » qui prend le dessus, associé à l’adjectif courageux, et occupant le champ physique aussi bien que moral. Pour le premier cas, brave vient aussi le concurrencer.
Mais Corneille (dans Le Cid)  n’abandonne pas.

Je suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant

Paraissez, Navarrois, Maures et Castillans,
Et tout ce que l’Espagne a nourri de vaillants.


Peu de chose à mentionner pour le pur latinisme fortitude, qui exista du XIVe au XVIe siècle, et après Montaigne on ne trouve guère que Chateaubriand pour le reprendre. L’évolution de mot fort en fait un terme peu motivé pour le locuteur moderne.

Conclusion de Georges Gougenheim :
La notion de courage s’est donc trouvée à l’origine liée à celle de force physique, puis elle a été associée à l’état social d’une société guerrière. Mal distinguée ensuite des autres aspects de la vie affective, c’est seulement su XVIIe siècle, peut-être à la suite d’un effort plus poussé d’analyse psychologique, qu’elle a conquis son expression propre. Aujourd’hui courage, flanqué de bravoure, de vaillance et de valeur, est au centre d’une notion riche et variée. 

Et tous ces sens sont bien entendu rassemblés dans la célèbre devise de Jacques Cœur :
A coeur vaillant, rien d’impossible. 


Mais...
 pourvu que reste entre nous et ne se diffuse pas le sens suivant oublié depuis longtemps mais qu’on trouve dans Littré :

vaillantiste
Nom d’une secte de convulsionnaires.
Sainte-Beuve a encore le mauvais goût d’en parler dans son Port-Royal.
C’est qu’en présence des recrues de convulsionnaires… qui faisaient secte et des sectes à plusieurs branches, les augustiniens, les vaillantistes…, il fallait bien intervenir.



https://fr.wikipedia.org/wiki/Convulsionnaires

Ces séances inquiètent le pouvoir, et Louis XV, dans une ordonnance de 1733, interdit ces réunions. S'ensuit une vague d'arrestations, qui conforte les convulsionnaires dans leur idée qu'ils sont un petit nombre d'élus persécutés parce qu'ils défendent la Vérité. Ils se comparent aux chrétiens des premiers temps de l'Église.
Environ 250 convulsionnaires sont arrêtés entre 1733 et 1760. La majorité d'entre eux sont des femmes d'origine populaire et la plupart ne font que de courts séjours à la Bastille, reprenant leurs activités convulsionnaires dès leur sortie.
Une partie des jansénistes se méfie cependant de plus en plus des convulsions. Les séances sont soupçonnées d'être le lieu d'indécences et certains religieux convulsionnaires prennent une place démesurée à leurs yeux, passant pour des incarnations d'Élie, comme Pierre Vaillant qui dit être une incarnation du prophète et mène le groupe des Vaillantistes.


https://books.google.fr/books?id=zVSSh5_NAzoC&pg=PA334&lpg=PA334&dq=pierre+vaillant+convulsionnaires&source=bl&ots=7C9vujFpsv&sig=tuceY3TEA_DquMrks2drPKFljyk&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjKuafw8LHLAhXFcRQKHdLoCIoQ6AEIKjAD#v=onepage&q=pierre%20vaillant%20convulsionnaires&f=false




http://dictionnaire-journalistes.gazettes18e.fr/journaliste/790-pierre-vaillant

Pierre Vailant (1688 ? – 1761)
Avec Augustin Causse, dit le «Père Augustin», Vaillant est le représentant le plus connu du mouvement figuriste. Persuadé que Dieu s'exprime dans le monde par symboles, figures et paraboles, il en vient à se sentir un acteur de l'Histoire sacrée. En 1725, il voit dans la réussite de sa mission auprès de la princesse de Conti une marque d'élection. Dans une lettre du 24 septembre 1728, il dit attendre un miracle qui le désigne ouvertement comme témoin de la vérité ; et le lendemain, il dénonce au commissaire Hérault tous ses confrères, avec la certitude affirmée de représenter le Christ sur terre et de susciter des martyrs. En 1734, il se découvre précurseur d'Elie et nouvel Elisée, d'où le nom d'«élysiens» donné parfois aux vaillantistes. Sa prédication, qui avait rencontré jusqu'alors un certain succès, tombe dès lors dans le ridicule. Après avoir joué pendant quelque temps le rôle de théologien du jansénisme radical, Vaillant illustre les débordements du mouvement convulsionnaire et perd tous les appuis aristocratiques dont il avait joui de 1725 à 1731.

La seconde arrestation de Vaillant en mai 1734 et son incarcération à la Bastille ne soulèvent en fait que peu d'échos. Les N.E. se contentent de quelques lignes : «On apprend que quelques personnes malheureusement séduites et livrées à l'illusion, se sont répandues en diverses provinces pour y débiter qu'Elie est venu, que cet Elie est M. Vaillant (prêtre appelant, né de nos jours dans le milieu de la France), lequel est actuellement à la Bastille pour la deuxième fois, qu'il sortira de sa prison par miracle, qu'il sera mis à mort, etc.» (6 oct. 1734, p. 172). Une lettre de l'évêque de Montpellier du 10 novembre 1734 condamne définitivement les « rêveries » et les « extravagances » du dernier «figuriste» (N.E., 22 nov. 1734, p. 67). En octobre 1736, les vaillantistes se rassemblent une dernière fois pour prier devant la Bastille (ms. 11032, documents joints). En mai 1738, puis le 26 janvier 1739, V. signe une rétractation en forme, mais en vain (ibid.). Une dernière protestation parue sous sa plume dans les N.E. en 1739 (p. 67) ne recevra aucun écho. Il passera le reste de sa vie en prison. Les dossiers de la Bastille donnent une idée de sa vie de reclus : il écrit des commentaires de la Bible, une «prière pour les captifs», des dialogues entre un père et ses enfants, un «Mémoire pour demander la manifestation du prophète Elie et le rappel des Juifs » ; il demande un autel de marbre avec ornements (ms. 11033) ; il prêche les officiers de la Bastille en 1743 ; il fait scandale à la messe en septembre 1753. Il est soumis, à sa demande, à un nouvel interrogatoire le 25 mai 1756 et se dit malade. On lui rend tous ses effets le 15 octobre et on le transfère à Vincennes le 25 octobre.


Rien à voir avec le nôtre, c’est clair !


En résumé,
 le mot VAILLANT est associé à la valeur, au courage moral et physique.
Tout est cohérent jusque-là...
Il désigne aussi ce qui est intéressant, digne d'intérêt, passionnant.
Ce n'est pas moi qui dirais le contraire...
Il est aussi en relation avec la fortune, ce qui n'est pas un motif de gloire, mais simplement un fait: Edouard Vaillant n'était pas pauvre.
Son mérite est alors second: c'est d'avoir fait de sa fortune un bon usage, ce qui n'est pas si commun. 






Projets en cours  pour promouvoir Edouard Vaillant


(dates à préciser) 



EXPOSITION ET CONFERENCE

BOURGES

Projet d'une exposition dans les locaux de la MGEN assortie d'une conférence sur Edouard Vaillant. 






JEUDI 24 MARS 2016 
CONFERENCE 
CHATEAUNEUF-SUR-CHER
20h30.
L'association ETIENNE URSIN BOUZIQUE, CHATEAUNEUF ET SON PASSE s'intéresse à l'histoire locale. Contact: Alain Pennetier.


DIMANCHE 3 AVRIL 2016 
CONFERENCE 
VIERZON
Au musée de Vierzon
L'association FRANCE GRANDE BRETAGNE en visite à Vierzon.


JEUDI 12 MAI 2016 
CONFERENCE 
VIERZON
A la Médiathèque de Vierzon
Seconde partie sur le Cinéma et la Commune
18h30-20h


MERCREDI 1er JUIN 2016 
MEDIATHEQUE
SAINT-FLORENT-SUR-CHER
Présence d'Edouard Vaillant (avec théâtralisation probablement).



DIMANCHE 12 JUIN 2016 
SALON DU LIVRE 
SALBRIS
Soirée: Projection du film documentaire-fiction sur Edouard Vaillant.



Rentrée littéraire de septembre 2016 
Je te parle au sujet d'EDOUARD VAILLANT
Tome II : Le grand socialiste.


Salon du livre de Vierzon
ASSOCIATION DES AMIS
DU MUSEE DE VIERZON
J'ai le plaisir de vous annoncer que le 5 ème Salon du Livre, en partenariat avec l'association Croc-Livres, aura lieu le 
Samedi 19 Novembre 2016, de 10 h à 18h, 
au Centre de Congrès de Vierzon.
Le Président,

Frédéric MORILLON 






vaillantiser v tr dir 
Action de redonner tout son lustre, tout son éclat, toute son importance, à une personnalité qui la méritait amplement et que l’histoire avait oubliée malencontreusement sur le bord de son chemin. 
Plus simplement :
Action de remettre dans la lumière de l’histoire quelqu'un qui en avait été indûment écarté.  

Ex : "C’est en 2015 que pour la première fois on a vaillantisé quelqu’un, et ce quelqu’un, c’était Edouard Vaillant lui-même." 

N’hésitez pas, qui que vous soyez, à l'employer partout par exemple dans des phrases du genre : Ils veulent vaillantiser Vaillant, etc. 


Et bien entendu le dérivé "vaillantisation" en découle naturellement. 




TOUTES NOS DATES IMPORTANTES

http://vaillantitude.blogspot.fr/2015/02/1857-flaubert-acquitte.html



LE LIVRE 









L'EDITEUR




LES POINTS DE VENTE

18

Vierzon 

 Maison de la presse Catinaud  (9 rue Voltaire)


 Espace culturel Leclerc  (48 avenue de la République)


 Presse tabac Mongeot (4 rue du Mouton)


En voir plus :

http://vaillantitude.blogspot.fr/2015/09/1907-mort-de-sully-prudhomme.html



DOSSIER DE PRESSE

http://vaillantitude.blogspot.fr/2015/10/1854-naissance-de-rimbaud.html




La pensée d’Edouard Vaillant représente l’adaptation la plus parfaite du socialisme scientifique à notre tempérament national. 
(Jean Jaurès)




Vaillant n'est pas seulement un grand homme pour Vierzon, il est un grand homme pour l'histoire.

                                                                                                              (Vaillantitude)



La vaillantisation est une entreprise collective qui rassemble, et c'est tant mieux, des personnes de convictions différentes et variées qui ne regardent qu’elles. Les rapprochements avec l’actualité récente et les éventuels commentaires personnels induits n’engagent que l’auteur du blog et lui seul. 



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