jeudi 19 mars 2015

1871 LOUIS ROSSEL A LA COMMUNE DE PARIS

AUJOURD'HUI A 18 H 30
Conférence sur Edouard Vaillant 
à la médiathèque de Vierzon
par Jean-Marie Favière
19 mars 1871
LOUIS ROSSEL REJOINT LA COMMUNE DE PARIS













QUELQUE CHOSE


                                                  sur :  UNITE SYNDICALE







Signé Vaillant





Depuis que l’unité syndicale s’est faite, s’est réalisée dans la C.G.T., le tableau de la grève ancienne s’est modifié ; plus qu’avant, chaque grève prend le caractère de lutte de classe.









19 mars 1871 : Louis Rossel rejoint la Commune de Paris.





Même jour, autre année.


1853  :  Nankin tombe aux mains des Taiping.
1895  : tournage du premier film  La Sortie de l'usine Lumière à Lyon.
1898  : les  îles Sous-le-Vent  deviennent territoire français.











Louis Rossel  (Louis-Nathaniel Rossel), 
né le  9  septembre  1844  à  Saint-Brieuc  (Côtes-du-Nord) et exécuté le  28  novembre  1871  au camp de  Satory  à  Versailles  (enterré à  Nîmes), est un  homme politique  (un des principaux acteurs de la  Commune de Paris) et colonel de l'armée française.
Il est le seul officier supérieur de l'armée française à avoir rejoint la Commune de Paris en  1871  (dès le  19  mars  1871) et à y avoir joué un rôle important comme délégué à la Guerre.

Le  18  mars  1871,  Paris  se soulève,  Adolphe Thiers  déplace son nouveau gouvernement à  Versailles  avec l'armée régulière. Il interdit la plupart des journaux contestataires et prend des mesures jugées autoritaires. Pour Louis Rossel, Adolphe Thiers pactise avec l'ennemi et abandonne le peuple. Il décide alors de rejoindre la  Commune de Paris  le  19 mars  1871.
Le 22 mars 1871, il devient chef de la  17e  légion de la Commune. Le  3 avril, il est chef d’état-major de la Commune. Il considère alors que cette dernière court à sa perte si ses soldats ne s'organisent pas. En effet, la plupart désertent ou refusent tout combat alors même que l'armée régulière des Versaillais, très entraînée, se trouve aux portes de la capitale. Louis Rossel devient président de la cour martiale, le 16 avril, mais démissionne, le 24 avril, ulcéré par son manque de moyens et d'écoute. La Commune, allant dans son sens, le nomme le 30 avril délégué à la Guerre en remplacement de  Cluseret. Cependant, les moyens lui manquent et l'armée des  Communards  n'est guère formée à se battre. Sur les 200000 hommes officiellement à la Garde nationale, seule une partie se bat.
Louis Rossel ne souhaitant pas prendre le pouvoir, démissionne avec éclat, le 9 mai. La Commune veut le faire passer devant la cour martiale. Certains membres du  Comité de Salut public, notamment  Pyat, veulent ouvertement sa mort tandis que d'autres le considèrent comme leur seul espoir. Rossel reste à Paris, caché jusqu'au 7 juin dans un hôtel du boulevard Saint-Germain (hôtel de Montebello). Il préfère être «  du côté des vaincus, du côté du peuple  ».
Les Versaillais l'arrêtent, le jugent deux fois. La famille nîmoise de Louis-Nathaniel, des étudiants parisiens, des notables de  Nîmes, de  Metz, de Montauban, des responsables protestants,  Victor Hugo, le colonel  Pierre Denfert-Rochereau  et de nombreux intellectuels le soutiennent, en vain. Adolphe Thiers propose à Louis Rossel de le gracier s'il s'exile à vie. Il refuse, voulant assumer ses responsabilités, ne voulant pas trahir son pays et ses convictions ni  «  soulager la conscience  »  de Thiers.
Il est fusillé le  28  novembre  1871, à l'âge de vingt-sept ans, au camp de  Satory  en même temps que  Théophile Ferré  et le  sergent Pierre Bourgeois.


Un lien local: 
 Louis-Nathaniel Rossel, militaire de carrière et en garnison à Bourges 
comme colonel du génie de 1869 à 1871. 
http://www.commune1871.org/?Les-140-ans-de-la-Commune-a

Bourges 140 anniv.










Pour mieux connaître Edouard Vaillant, 
s'informer et débattre à son sujet...


MEDIATHEQUE DE VIERZON
CONFERENCE SUR EDOUARD VAILLANT

ENTREE LIBRE

Conférence annoncée sur la page d'hier. 
En savoir plus: 

http://vaillantitude.blogspot.fr/2015/03/1871-les-canons-de-montmartre.html



C'est parti! 
On a voulu voir Vaillant, et on va voir Vaillant.


Les présentations pour lancer la soirée.
Ça doit être un effet de l’adaptation au sujet, mais force est de constater qu'au cours de cette soirée, on a largement socialisé les richesses culturelles vierzonnaises.
Le sujet, c’est Vaillant, Vaillant qui a trouvé à Vierzon le point fixe qui lui a permis, il y a un siècle et plus, d’exercer le puissant levier de ses compétences pour entrer dans l’histoire populaire, d’abord, dans l’histoire des spécialistes ensuite. Vierzon, en 2015, retrouve sa vocation de point fixe pour lui faire retrouver, dans ces deux histoires, la place qu’il n’aurait jamais dû perdre, une place au premier rang, une place au milieu des plus grands.

Hugues, président de l'Université populaire du pays de Vierzon,
qui organise cette soirée. 

Michel, président des Amies et Amis berrichons de la Commune de Paris.
Tous deux font merveilleusement bien le job !

Derrière, le gonfanon des Amies et Amis berrichons de la Commune. 


Le public, avant l'obscurité pour la projection.
Emotion de revoir mes élèves, neuf ans après...


Et l’assistance qui était présente ce soir prouve que cette ambition collective n’est nullement hors de portée. Le travail à effectuer est un travail d’équipe, et l’équipe a répondu présent. Elle dépasse d’ailleurs largement le cadre de cet auditoire. On connaît  au-delà bien des personnes dont la volonté et la compétence sont depuis longtemps assurées. Je pense notamment à tous mes collègues d’histoire du lycée Edouard Vaillant, et aux érudits locaux qui se sont rendus experts dans l’exploitation des archives.

Alors concentrons-nous sur les présents. J’ai eu grand plaisir, je ne serais pas crédible en prétendant le contraire, de me voir entourer par un grand nombre de membres fidèles de la grande famille Ciné Rencontres, avec même parmi eux John, notre président, Edwige, notre trésorière, tous deux ayant au moins la fiabilité et l’amour du cinéma en commun. Défendre le Vierzonnais Edouard Vaillant dans ces conditions, c’est comme jouer un match de coupe d’Europe à domicile.
Je ne sais pas si Hugues savait en se lançant dans l’aventure de l’Université populaire de Vierzon si elle serait aussi fructueuse. Il a maintenant un catalogue bien rempli et l’association est devenue un élément incontournable de l’activité culturelle de la ville. D’ailleurs on a des circulations permanentes entre toutes ces association, sans oublier le Café repaire dont les contributions sont autant d’événements dont on ne pourrait plus aisément se passer maintenant.

Edouard Vaillant présente Jules Vallès à Félix Pyat. 



La qualité de l’accueil est un facteur de réussite essentiel. A Vierzon, au Café repaire comme à la médiathèque, il faut le dire, on est particulièrement gâtés. Michel Pinglaut l’a expérimenté naguère lors de sa conférence particulièrement réussie sur la Commune de Paris à l’Auberge de jeunesse, nous l’avons plus que vérifié à la médiathèque de Vierzon. Chacun a pu apprécier le travail utile et agréable, esthétique et pédagogique, qui a été effectué dans la plus grande discrétion. Des brochures étaient à la disposition du public pourtant nombreux, présentant Vaillant et le fonds exceptionnel de documents que recèle l’établissement qui nous a accueilli. Quelle émotion pour moi de voir le fac-similé de la lettre d’Edouard à sa mère, missive parvenue au-delà du blocus allemand de Paris au moyen d’un ballon, comme Gambetta regagnant Tours par la voie des airs.
Quelle agréable surprise de nous trouver dans un décor courant tout autour de la salle, avec Edouard Vaillant comme vedette, mis en valeur dans des cadres d’une très grande qualité. Consternation en revanche quand on a appris qu’ils étaient destinés à être démontés aussitôt après la conférence! Toute cette année est une année consacrée à Edouard Vaillant, il y aura beaucoup d’occasions de lui rendre hommage ici, dans des endroits divers: salles municipales, salles de conférences, salles des établissements scolaires, même salle de la médiathèque prochainement, ne serait-ce que pour mon retour prévu le 28 mai. Il y était prévu originellement une conférence sur « La Commune et le Cinéma », mais comme on a été assez loin d’épuiser le sujet et les richesses de notre grand homme national et local Edouard Vaillant, il est possible qu’on se revoie ce jour-là pour jouer la deuxième mi-temps. Bref, chacun a souhaité que cette exposition soit soigneusement rangée quelque part dans son état intact et soit ressortie périodiquement, au moins dans le courant de cette année. Elle le mérite amplement.
Et puis, au risque de passer pour un émotif primaire, je dirai que j’ai été très touché de la présence du proviseur de mon ancien lycée Edouard Vaillant. Il a pu voir d’anciens élèves à l’œuvre, et je lui promets qu’ils ont tout remis en place après avoir joué dans l’enthousiasme le plus sincère et le désordre le plus maîtrisé. C’est d’ailleurs une constance. Son prédécesseur à ce poste, il a pu le constater, s’était lui-même prêté de bonne grâce à l’exercice du filmage en participant à notre petit documentaire. C’est toujours un encouragement apprécié des élèves.
Egalement présents, l’élite des gens qui s’évertuent avec talent et efficacité à faire connaître, et même à préserver et entretenir, le patrimoine vierzonnais. Les Amis du Vieux Vierzon, les Amis du musée, étaient là et bien là.
J’ai failli dire que j’ai failli oublier Michel Pinglaut dans ces marques de gratitude. Mais personne ne m’aurait cru, tant on fait maintenant figure d’aller ego. L’oublier, ce serait un peu comme si je m’oubliais moi-même. Chaque fois que Michel intervient, on boit du petit lait. Quel régal que la lecture de cette appréciation versaillaise sur Vaillant : On apprécie au plus haut point l’esprit scientifique de haute valeur, mais on déplore qu’il pense si mal dans le domaine politique. Je résume, le texte était savoureux aussi par son style. Ce n’est pas le premier merci que je lui adresse cette année, ce n’est pas le dernier non plus.
Je ne dirai rien de notre journaliste présent, car il tient à rester modeste. Mais on sait bien tout le bien que je pense de notre dream team de la presse locale. On a beaucoup de chance, et on en est bien conscients.





 Le reste ressemble à un titre de film de Claude Sautet. Vincent, Alain, Roger, Francis et les autres... Chacun se reconnaîtra. 
D'ailleurs j'ai été ému (encore? eh oui!) de voir des personnes venir me demander à la fin un photogramme précis, celui où elles reconnaissaient une connaissance parfois disparue depuis. Bien volontiers, évidemment. 







Alain. Rien de ce qui est vierzonnais ne lui est étranger. 


Francis. La mémoire de Vierzon, de père en fils.
Roger. D'autant plus concentré qu'il est depuis le début un acteur essentiel
de ce qui se met en place cette année à Vierzon.
 Il attend le salon du livre, et le livre sur Vaillant. 



Nicolas, député comme Vaillant, certes, mais un vrai connaisseur de ce dernier.
Il ne fait pas semblant, je peux en témoigner. 

Régis. L'exposition, c'est lui, et le personnel de la médiathèque.
Travail trop beau et trop utile pour ne pas le pérenniser, SVP!


J'en vois là qui fréquentent aussi assidûment Ciné Rencontres...


Le maire et le proviseur. C'est sûr, il y aura des prolongements. 







Le Berry républicain 21 mars 2015






UN COMMENTAIRE DE JMB



Etant , moi aussi, "un imbécile heureux qui est né quelque part" , il se trouve que je suis né à Castres , à deux pas du musée Jaurès . Voilà la missive qu'il m'a chargé de te transmettre .
JMB














Mon cher Edouard ,

Post mortem , j'ai apprécié ta fougue oratoire concernant la défense de celui qui , comme disait Brassens , "est né quelque part", agitant même nerveusement tes petits poings face à ceux qui auraient eu l'outrecuidance de ne pas partager tes conclusions .
J'ai été profondément choqué par tes classements de politiques, j'avais envie de participer au vote par sms , mais de là où je suis !!! C'est fini les notes , M.le professeur , surtout lorsqu'on veut évaluer les plus belles promesses et les plus beaux yakafaukon .
Je considère que Edouard et Jean ont parlé de projets à des hommes debout, à eux de s'engager suivant leurs convictions . Que ceux qui viennent après récupèrent , essaient d'endosser des habits trop grands , tentent de classer leur poulain, tout cela en toute innocence (sic),on appellera cela la "politique réalité" . Sourions , nous sommes filmés!
Je te laisse ,bien fraternellement , baptiser la gare à ton nom et tu peux me dédier une impasse si tu veux . Notre éclipse viendra un jour , vanitas...
S'ils savaient comme on voit ça de haut tous les deux .
Avec toute mon affection
Ton Jean Jaurès


Etant moi aussi un imbécile malheureux qui pense qu'être né dans le réel de quelque part n'empêche nullement de viser l'idéal de l'ailleurs, ayant  visité le musée qu'on a édifié à deux pas de chez toi, en ayant conçu quelque idée dépourvue de jalousie pour ma ville, je te fais parvenir la missive que mon ami Edouard n'a pas manqué de me demander de te transmettre par voie de mailing, le temps des ballons montés étant désormais révolu.
JMF




Réponse d’Edouard à Jean











Mon cher Jean,

Excuse-moi, mais ça te va bien de prôner le détachement du point de vue de Sirius, quand tous les successeurs, sur notre bonne vieille terre où ils vivent très concrètement, t’ont donné la vedette en reléguant tous les autres, et moi le premier, dans les oubliettes de l’histoire.
Tous ceux qui ont des privilèges indus, depuis l’ancien régime jusqu’à notre belle République si égalitaire (n’est-ce pas ?),  nous assènent ainsi le refrain du « à quoi bon ». Très bénins quand rien ne bouge, ils sortent vite les armes, depuis l’ironie pour commencer jusqu’à la mitraillette pour finir, en passant par la calomnie, dès que leurs positions sont menacées.
J’ai pu en faire l’expérience au moment de l’affreux massacre de la Commune de Paris, et heureusement pour toi, ta jeunesse t’en a préservé.

Comme tu le sais, toi qui t’es compromis beaucoup plus que je l’aurais souhaité avec les notables bourgeois en place, et même avec les fusilleurs du peuple parisien, je suis sensiblement plus révolutionnaire que toi.
Quant à mes petits poings, je te rappelle que ceux qui ont eu l’occasion de s’y frotter, foi de Berrichon robuste, ils ont pu très vite vérifier de très près leurs dimensions véritables.
Il ne m’échappe pas que, dans ce dialogue des morts, tu vises plutôt, par un glissement épistémologique un peu rapide, les vivants que tu ne portes pas dans ton cœur.

Mais ce professeur auquel tu reproches sa frénésie de mettre des notes, je le connais bien, et même très bien, depuis le temps que nous nous fréquentons, lui et moi.
Ce qui l’anime en l’occurrence, ce n’est pas je ne sais quelle déformation professionnelle mal placée, c’est la conviction profonde de toute une vie que la vérité doit l’emporter sur la propagande, l’enfumage et le mensonge. Sa devise est celle de Rousseau : Consacrer sa vie à la vérité.
Et il ne le fait pas que pour les vivants. Son cri du cœur est celui de Hugo : « Ciel ! oublier les morts ! » Depuis longtemps il a défendu, c’est son côté Robin des Bois ou Don Quichotte - au choix -, ceux que la pensée dominante traite injustement. Ainsi, pour ne considérer que les sciences, mon domaine de prédilection, comme tu le sais, cher brillant littéraire : Descartes par rapport à Newton, Lamarck par rapport à Darwin, De Broglie par rapport à Einstein…

Ce ne sont là que des moulins, peut-être, de ton point de vue purement utilitaire et terre à terre de Sancho Pança, mais je sais qu’il a envie de le faire d’abord parce que ça lui est nécessaire, et que les récupérations humainement possibles ne lui sont pas un motif suffisant pour s’abstenir. Il pense même qu’en règle générale les humains, vivants ou morts, ont trop souvent le réflexe de bondir aux arguments négatifs pour trouver des excuses confortables pour ne rien faire. Il est vrai qu’on y court moins de risques qu’en s’exposant, même dans le cadre de ces très modestes engagements qui n’ont rien à voir avec les nôtres, car je ne suis pas le seul à avoir eu à subir le feu des basses calomnies, tu as eu largement ta part toi aussi, et tu m’as alors bien entendu trouvé aussitôt à tes côtés.
Et puisqu’on parle des vivants,  je sais qu’il se refuse absolument à les voir tous comme des endosseurs d’habits trop grands ou autres hypocrites médiocres. Il persiste à croire encore, pauvre naïf brélien qu’il est, qu’il y a aussi bien des contemporains dignes d’affection – Brel aurait même employé le mot « tendresse » -, voire d’estime, qui cherchent avec courage la vérité et qui ont envie de la dire, une fois qu’ils l’ont découverte, ou cru l’avoir découverte. Je crois que ça doit te rappeler quelque chose, mon cher citoyen Jean Jaurès.

Oui, je ne trouve pas absurde de penser qu’il existe encore, même en des endroits reculés, même dans des professions obscures, des gens qui sont taillés dans la même étoffe que nous-mêmes. Nous n’avons pas vêtu nos grands habits pour que nos successeurs aillent tout nus. Ce qui semble nous différencier, c’est que moi, y compris de là-haut, je continue à me préoccuper du sort matériel de ceux qui vivent dans des conditions difficiles. Je les regarde, non de loin, mais au contraire de très près.  Je leur ai consacré ma vie, j’entends bien leur consacrer aussi ma mort.

Quant à ton avenue, tu en parles encore d’autant plus à ton aise que tu ne risques pas d’être victime de l’improbable disgrâce que tu fais semblant d’envisager pour faire croire qu’elle pourrait te faire peur. Certes, la mienne est la plus longue de Vierzon, mais c’est ma ville, quand même. Moi, ton copain, dans ton musée, je n’ai droit qu’à quelques gravures de seconde zone. Tu n’as pas oublié que la tienne, d’avenue, si on la prolonge, elle mène jusqu’à Tours. La mienne, dans le même cas, mène directement à Paris. Tout un symbole. Mais l’important n’est-ils pas que leurs prolongements jusqu’au cœur de Vierzon convergent dans l’avenue de la République ?


Et enfin, pour trouver une formule conclusive, symétrique de la tienne tirée de l’Ancien testament, ce qui ne m’étonne guère de ta part, soit dit en passant – mais non, je te charrie ! -, je citerai Cyrano, un de mes maîtres en athéisme, car même si ça ne sert à rien, je proclame que c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! Mais si depuis ton cher musée confortable, tu te sens un poil menacé, c'est peut-être que ce n'est pas aussi vain que cela. 

Mais assez de contrariétés entre nous. Tu cites Brassens, je cite Brel, et je les aime tous les deux. Comme quand nous n’étions pas d’accord vivants, c’est un irrépressible besoin de dialogue qui nous unit encore. Si tu crois que je n’ai pas deviné ton habituel petit jeu, qui consiste à me titiller pour te donner le plaisir de ma réaction disproportionnée de Vierzonnais soupe au lait… toi qui te flattes, bien abusivement d’ailleurs,  d’être un Castrais tranquille. Continue, s’il-te-plaît, et sois assuré de mes réponses.

Avec toute mon affection et toute ma tendresse,

et tu sais mieux que personne que ce n’est pas un vain mot. Autant que mes multiples activités, c’est bien ta disparition tragique qui a fait que j’ai été incapable de te survivre bien longtemps. Et tu as beau, depuis ce 18 décembre 1915 où je n’ai pas manqué de te rejoindre, me charrier constamment et lourdement à ce sujet, ce n’en est pas moins la VERITE. Je l’écris en bien gros, ce mot, pour que tu puisses facilement le voir. Je bois enfin spontanément, car je suis resté un bon vivant même au paradis des socialistes, à ta santé éternelle.

Ton Edouard Vaillant




Trois grandes avenues de Vierzon.




Voudrais-tu suggérer, en m'envoyant cette image, que tu aurais perçu
un rapport non innocent avec l'actualité brûlante ?...



Il semblerait, chez Jean, que j'aie manqué quelque chose, à moins que tu n'aies pas trouvé le chemin de ma réponse. Je fais allusion à ton dernier message. Mes hommages réciproquement à ta non moins charmante et photogénique épouse qui figure sur la plaque sensible.
EV.

(Voici le message qui a motivé la réponse ci-dessus:)



Mon cher Edouard ,

Tu n'as peut-être pas reçu ma récente missive .
A moins qu'après avoir bombé notre petit torse, nous nous retrouvions comme d'habitude au second tour .
 Mes hommages à ta charmante et daguerrophile (nadarphile ?) épouse .
 Vigoureuse poignée de main républicaine
 Ton Jean (JJ pour les intimes)


(Reprise normale:)


 
Je suis très fier d'avoir su provoquer chez mon cher E(lève) V (ierzonnais) cette fougue oratoire qui s'autoalimente à des convictions bien ancrées en toi et dans lesquelles j'ai reconnu des passerelles qui nous relient . A titre amical , je te serais très reconnaissant de ne pas trop insister sur mon lieu de naissance . Tu n'es pas sans savoir que dans les cours de récréation de nos chères écoles républicaines (je sais , pas assez selon toi...) il était de bon ton pour certains chenapans de se moquer de celui qui était "castrais de naissance" . Pas toi mon cher EV !
Tu m'avais parlé récemment de ton idée d'école "polytechnique" . D'où je suis  je me suis renseigné et on m'a affirmé que ce  serait le terme exact employé après 1945 dans l'organisation d'un petit état appelé RDA . Tu vois , il y a de l'espoir pour tes idées et je m'en réjouis de façon fort charitable .
Nous aurons peut-être l'occasion de continuer cette fausse "dispute" puisqu'il paraît que ça va être ta fête pendant un an .
Ton JJ



Mon cher J(eune) (J)aurès, celui qui est né près de vingt ans avant l’autre ne saurait aisément en bonne logique mathématique être l’élève de son cadet. Je t’assure que je ne voyais aucune malice dans le gentilé de Castres, mais je veux bien trouver une périphrase qui t’agrée davantage, même si on a tous deux depuis longtemps déserté les cours de récréations, républicaines ou pas. Merci pour cette perche du « pas toi » que je saisis aussitôt à ton encontre. Par pitié, pas de ces arguments en forme d’amalgames indignes. Il y a d’autres écoles polytechniques qu’en RDA, et argument ad hominem après argument ad hominem, j’espère que tu n’oserais pas dire, en ce qui concerne le professeur qui se dévoue, sinon pour ma cause du moins pour ma mémoire, qu’il a choisi pendant près de trente ans comme sport favori le handball, dont on peut considérer qu’il était pourtant le sport national des nazis. Il existe et c’est heureux des clubs de handball en démocratie, et des écoles qui se soucient des sciences et des techniques également. Puisque je pense qu’il ne craint désormais plus rien de ce côté, et que je ne fournis plus en le disant du carburant à ta vindicte, je te signale qu’il roule aussi en Volkswagen. Je ne te dirai pas comme Hérodiade à sa nourrice : « Va, garde ta pitié comme ton ironie », puisque je ne souhaite rien tant que la fête continue. Dommage d'ailleurs qu'on soit si près au fond de la fin de l'année. Alors à l’imminente revoyure, cher JJ.
Ton EV



Voudrais-tu suggérer, en m'envoyant cette image,
que tu ne serais plus en phase avec une école
ayant à ce point renoncé à être polytechnique?...







Vaillant, pendant ce temps-là...




Vaillant revient de Bordeaux, il passe par Vierzon et  rencontre Félix Pyat. Il a 31 ans. Tous deux se hâtent de rentrer à Paris, et seront bientôt  des membres les plus éminents de la Commune.














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